Smaug troll de la sécurité

Age : 19 Inscrit le : 23 Déc 2004 Messages : 1613
 | Sujet: une histoire amusante Sam 9 Juil à 19:41 | |
| Le monstre.
Un garçonnet de sept ans et demi, les lèvres tâchées, repeintes de confiture cassis pleurait amèrement au milieu des hautes herbes. Il venait de faire tomber sa tartine au-dessus d’une fourmilière et regardait les insectes escalader la mie de pain et s’embourber dans les flaques de gelée. Sa distraction l’empêcha de voir la mante religieuse géante qui s’approchait. Elle était verte et son abdomen jaune couvert d’une épaisse cuirasse satinée. Elle était de la hauteur d’un arbre à quetsches (puisque la sonorité le veut). Le garçonnet avait les cheveux en épis et lustrés à la gomina, blonds. Quand il aperçut l’insecte, terrifié, il jeta un cri aigu. - Maman ! Suprême ironie que ce cri filial lancé juste avant la mort ! Sublime attachement maternel ! Subtile dernière parole !
L’enfant se cacha les yeux des bras. La patte de l’insecte descendit dans un ralentis glissé, faucha l’herbe au raz du sol et coupa l’enfant en deux. La mante religieuse abaissa son corps plastifié, l’arrière du corps dressé vers le ciel et des mandibules déchiqueta la proie, cisailla et crocheta le bambin vautré dans l’herbe.
La mère crut entendre un écoulement d’eau suspect, un bruit curieux de gouttière percée. Sa maison de poutres blanches était sise en bas d’un col neigeux. Elle appela l’enfant, et partit à sa recherche. Contournée l’aile ouest, elle se retrouva face à la bête qui fit pivoter son cou d’un mouvement automatique. Elle poussa un cri d’horreur : Fiston ! auquel répondit lointain, un coq. La créature écarta les pattes en crabe et se jeta sur la femme, qu’elle attrapa par l’épaule et comme au ciseau, lui trancha le bras. C’était la première fois dans ce pays, qu’un monstre était détecté. |
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Smaug troll de la sécurité

Age : 19 Inscrit le : 23 Déc 2004 Messages : 1613
 | Sujet: Re: une histoire amusante Sam 9 Juil à 19:42 | |
| Pendant ce temps dans une autre dimension, à des milliers de kilomètres, les deux garçons s’ennuient. Ils sont seuls dans la grande maison. Untaï bouquine un vieux journal écorné dont il manque des pages qui ont servi à enrober du poisson. Puppisar croque une barre chocolat, caramel, nougat, cacahouètes grillées. Un ordinateur ronronne dans la pièce, l’écran de veille s’est déclenché, laissant apparaître des vaisseaux spatiaux inspirés de peintures de la Renaissance. - Qu’est-ce qu’on se fait chier ! Dit Untaï à Puppisar qui approuve. - Plus que 72 heures. Que c’est long. - Je te propose de rompre les consignes et d’aller butter l’insecte géant. - Oui. Répond Puppisar qui s’introduit un doigt dans la bouche pour se nettoyer les molaires. - Allons-y, sinon il ne se passera rien. Puppisar est accroupi en grenouille, les mains ballantes sur les jambes. - D’après les informations, l’insecte vit dans la montagne, il possède un terrier dans les hauteurs. - J’ignorais que tu savais lire. - J’achète le journal parlant.
Ils se sont équipés pour supporter les basses températures. Les voilà partis à pied à travers champ, avec des sacs de provision. Après une demi-journée de marche, ils atteignent un panneau qui marque la frontière avec les terres froides. Sur la pancarte est écrit : Au-delà de cette limite, commencent le vide et la glace. Attention, la faune est hostile. Au feutre sous l’indication, une note est gribouillée : Attention ! C’est la fin des femmes à poil. Pensez à prendre des rations. - On y va quand même ? La montagne dresse son pic en face d’eux, elle n’est que blanc pur et sapins. La neige commence dès les premiers mètres. Leurs bottes sont mouillées. Untaï est chargé de la cartographie, mais comme ils ne savent pas où ils vont, il montre toujours le haut. Sa langue lie de vin fume. L’hiver glacé étend son blanc manteau floconneux (sic), sa croûte de sel, son drap d’ivoire immaculé (resic), la tenture noire que vit Anaxagore ( ?), son coton éclatant (bis sic). Puppisar sort un thermomètre de son blouson renforcé et le plante dans le sol. - Moins cinq. Untaï s’est mis en boule, et a rabattu son blouson jusqu’aux chevilles, comme un poncho. La neige craque et ses pieds sont pris comme dans un socle, ils sont moulés dans le ciment tendre des cristaux. - Tu connais l’histoire du garçon qui couchait avec toutes les filles, sans se soucier ni de leur classe sociale ni de leur beauté mais pour un soir seulement ? Dit Puppisar. - Non. - Il se prétendait bienfaiteur de l’humanité, et disait préférer les filles laides, parce qu’il disait qu’elles seules, sont timides et s’abandonnent sans arrière pensée. - C’est un ami à toi ? - Bah, c’est une légende. Tandis qu’ils discutent de la possible véracité de cette histoire étonnante, un lynx croise leur chemin. Il est arrivé sans un bruissement, souple et liquide. Ses oreilles pointues et mouchetées tremblent. Furtif, il s’arrête, nerveux, il inspecte. Untaï a mis la main au côté, il tient son pistolet par la crosse. Puppisar s’apprête s’il le faut à se battre, il a saisi dans son sac le bâton électrifié et activé le bouclier total de sa combinaison. Ainsi protégé, il est quasi invincible et seul un obus pourrait transpercer le champ de force qui l’englobe. - Je n’ai pas envie de tuer. Dit-il. - Pareil. - Allez, va-t’en gros chat. Le lynx n’est pas affamé, il n’a pas souci d’attaquer. Il passe avec mépris, et s’éloigne sous les conifères.
La brume vient de se lever, elle crée un rideau opaque comme un nuage posé sur le sol. La neige est nacrée, suivant les pentes et les couches de gel, elle luit ou ternit. - J’ai l’impression de marcher dans du sucre ou de la paille concassée. L’air glacé siffle poudreux au ras du sol. Les combinaisons thermiques sont impuissantes à protéger les visages, le froid leur serre les tempes. Ils marchent dans la couche craquante. La température semble diminuer avec les heures. Le cou rentré dans les épaules et soufflant, ils avancent tête basse. C’est une sorte de douleur, un rétrécissement qui se cristallise, leurs corps raides perdent la faculté de sentir, les sens s’atrophient, la pensée s’use et se congèle. - Je suis comme un billot de bois et en même temps, je me sens fragile. Dit Untaï qui articule avec peine des mots qui partent en vapeur. Il frissonne et se tient voûté, les bras regroupés autour du corps pour ne pas perdre de chaleur. - Vivement que la douleur cesse. Dit Untaï. J’en ai marre de me geler. - Et moi donc, j’ai le sang qui tourne en petit lait caillé. Foutre ! - Oui t’as raison. Foutre, chiasse à cul et merde à ce monde mal fait. - Moniche de vache, foutre de chienne et pine qui chie. Réplique Puppisar. Culotte de grand-mère et copine poilue. Mierda ! Untaï ne répond pas, il ne servirait à rien de renchérir. Désormais, il a une solide migraine en forme d’escargot qui lui suçote l’aile droite du cerveau. Il se répète des airs de musique qu’il n’a jamais entendu, il s’invente des berceuses pour se tenir compagnie. Marcher dans le froid mordant rend vertigineux, les arbres les plus proches qui apparaissent en trompe l’œil sur sa rétine fatiguée. Malgré les conditions météorologiques, et le vent violent, quelques corbeaux coassent, comme des spectateurs moqueurs. Installés dans les branchages, ils poussent leurs chants cyniques, agitent les ailes et secouent les arbres lors de leurs envols. - Enfin ! Voici le chalet. Nous y sommes. Dit Untaï qui aperçoit à cent mètres la masse tassée d’une habitation. Il s’ébroue comme un cheval, pousse la porte et va s’affaler sur un banc, sans remarquer que la table de cuisine est gravée de hiéroglyphes qui se modifient. De même, fermant les yeux quelques secondes, il ne voit pas au-dessus de la cheminée, le crâne poli d’un être humain, encadré de deux bougies. Puppisar ramasse des bûches, les imbibe d’essence pour ne pas perdre de temps, et jette une allumette dans l’âtre. Un bon feu flambe immédiatement dans une grande flamme d’abord verte puis qui bleuit avant de rosir et de rougeoyer. Untaï s’est adossé au mur, ses joues se réchauffent et sa chair s’amollit. Il n’a pas envie de faire le moindre geste, il somnole sans volonté. Il entend comme un bouillonnement de vapeur puis c’est à nouveau le silence. Sa conscience a décroché, il se laisse aller au plaisir de sentir revenir les sensations corporelles. Sa tête chancèle, moutonnent dans son esprit des images que la fatigue dilue. Le sommeil l’enlace et le fume. Puppisar a saisi un livre qui traînait, les pieds sur la table, il le compulse. L’épuisement lui donne envie de rire sans raison. Un instant, il lève les yeux et sourit comme à une connaissance retrouvée à la tête de mort. Il la salue d’un hochement de menton. NNNIIIRRRVVV AAANNNAAA- Une fente de lumière descendue de la toiture, sabre le visage d’Untaï qui ronfle légèrement. Il rêve, la chaleur du feu se disperse dans la pièce, les flammes jettent leurs langues sur le bois. Quelques étincelles font éclater les branches de sapin. Puppisar lit sans comprendre, les mots s’additionnent en phrases dont le total est inexplicable, la fatigue brise les liaisons, les paragraphes perdent leurs enchaînements, il relit trois fois les mêmes termes, sans pouvoir les fixer. Il est possédé de fatigue. Le livre est labyrinthique, les virgules sont des couloirs, les adjectifs des bifurcations, et il n’atteint le point qu’après s’être perdu en route. Tant pis. Il sort alors de son sac un sonar, le pose sur la table, et déplie l’antenne. L’instrument fonctionne comme une alarme, et capte les déplacements autour du chalet. Si une masse venait à passer dans un périmètre de 150 mètres, le sonar retentirait d’un long BIP. La lumière éteinte, il se couche sur un matelas. Bonnet bleu, bonnet bleu pense-t-il, puis il s’endort. Après dix heures de sommeil, il fait encore jour, la nuit a refusé de tomber. - La mante religieuse ne peut survivre plus d’une heure dans le noir, son corps comme celui d’une plante ne subsiste que sous l’action de la lumière, par photosynthèse. C’est pour cela, qu’elle a trouvé ici son habitat naturel. Dit Puppisar. - Vite fait, qu’on lui claque la gueule et qu’on puisse rentrer boire du champagne. - D’après mes calculs, si nous remontons encore puis tournons à droite, nous découvrirons un geyser. Selon toute probabilité, son terrier doit être proche d’une source de chaleur. - Tu sais que je t’admire ! - Mangeons avant de repartir et laissons un témoignage de notre passage.
Puppisar marche en tête, il avance attentif, soucieux de n’être pas pris au dépourvu, de ne pas égarer le bon chemin, sa boussole thermique clignote indiquant l’augmentation de température. La neige a commencé de fondre, et des zones d’herbes grises apparaissent dans des trous. La végétation reverdit à l’approche du geyser, c’est comme un oasis en montagne. - J’aime bien ce passage, vraiment. Dit Untaï. Regarde, voilà un arbre à quetsches qui n’est pas desséché, il porte du fruit. - Chut ! - Je vais aller voir s’il y en a qui sont mûres. Oh, mais oui, tu devrais venir voir. - Tais-toi. Chut ! - Elles sont bonnes, juteuses et grasses. Tu veux que je t’en ramène une pour essayer. - Ferme-là, putain. Le vent fait des bruits d’archets. Devant eux, encore masquée par les branches d’un pin, la neige vient de se soulever, la créature qui était en sommeil, s’est redressée sur ses pattes, dérangée par la conversation des intrus. Son abdomen filiforme se redresse, les mandibules s’activent, avec un bruit d’aiguisoir huileux. Les pattes avant, se portent à hauteur des deux gigantesques ciseaux qui manœuvrent devant une minuscule tête triangulaire dont les yeux ronds explorent le monde par facettes. L’insecte a un mouvement étonné, stupide, de biais, comme s’il faisait une révérence. Son ouïe grossière lui interdit d’entendre les deux garçons qui se sont tus et demeurent immobiles. La mante debout, guette. Les pattes arrières dressent le corps sur des échasses, elle effectue un mouvement rapide puis court subitement dans la direction de Puppisar et Untaï qui ne peuvent retenir un cri. Ils voient arriver l’insecte, dans une sorte de danse en pas chassés, le voient trébucher maladroitement sur une plaque de glace, et se relancer sec, les pattes grandes ouvertes. Untaï fait feu, et Puppisar se précipite, le bouclier activé, pour planter le bâton électrique dans la partie charnue et visqueuse du ventre. Le rayon laser fuse dans une lumière de néon, le tir comme un coup d’épée déchire le flanc gauche qui sue un liquide jaune. La mante a freiné, l’impact l’a ralenti, mais elle fonce sur Puppisar et d’un coup de cisaille, l’envoie s’étaler au sol sans qu’il ait pu la toucher. Untaï tire. Le cou de la bête explose et se casse comme celui d’une girafe, la tête tombe brusquement, et l’insecte va s’écraser dans la neige sur Puppisar qui l’attaque d’une décharge dans un membre postérieur. L’insecte dégoulinant, le cou crevé, a un dernier stimuli réflexe. Sa patte s’agite comme un drapeau blanc, mais il est mort, et ne vit plus que par réflexe des terminaisons nerveuses. Son beau corps vert purule d’une sale crème jaunâtre. Puppisar arrache le bâton, planté dans la cuisse et se relève. - On est des héros, en quelque sorte, non ? - La bête est morte. - On aurait pu lui trouver une cage. La mission est terminée, il ne leur reste plus qu’à redescendre, après avoir pris pour trophée une mandibule.
- C’est un succès. - Oui, mon cher, c’est un succès. |
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